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Tribune
Birmanie : des sanctions, rien que des sanctions ?


Par le Dr Françoise Sivignon
Responsable mission Birmanie Médecins du Monde France
Présidente Médecins du Monde Hollande

En Asie, les catastrophes naturelles annoncent la fin des dictateurs. Mais le cyclone Nargis de mai 2008 n’a pas fait plier les généraux birmans au pouvoir. Ils viennent d’assigner à domicile pour 18 mois supplémentaires le leader de l’opposition Daw Aung Suu Kyi. La réaction de la communauté internationale à cette condamnation est une demande réitérée de libération inconditionnelle de la Dame de Rangoon mais aussi un isolement accru du Myanmar, sans révision de la ligne politique de sanctions réitérée par les USA et l’Union Européenne.

Cependant, force est de constater que la combinaison d’efforts diplomatiques et de sanctions économiques n’a produit aucune avancée réelle vers un processus démocratique. La junte réprime silencieusement. Régionalement, les sommets de l’ASEAN n’ont produit aucun espoir, pas plus que sa nouvelle Charte comportant un volet de « promotion et de protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Enfin, le business ne parait guère affecté par les sanctions et la junte profite de ses ressources dont l’exploitation du marché de l’héroïne. Elle n’est pas non plus inquiétée par un quelconque contrôle international de ses revenus gaziers et échange technologies et matières premières avec la Corée du Nord, autre dictature en butte aux sanctions internationales.

Alors certains, et en particulier les travailleurs humanitaires présents dans le pays, discutent cette approche politique qui ne fait pas ses preuves depuis près de 20 ans : la junte est accrochée au pouvoir et le filet des sanctions a aussi englobé l’aide humanitaire, une des plus faibles au monde avec 3 dollars par an et par habitant, privant d’une aide cruciale des millions de citoyens. Les raisons de cet « embargo » financier sur l’aide au développement sont connues, au premier rang desquelles le peu de visibilité sur l’aide délivrée. Cette vision mérite cependant d’être révisée, surtout depuis la catastrophe du cyclone Nargis.
En effet, l’expérience ancienne de Médecins du Monde présent en Birmanie auprès des plus marginalisés vivant avec le VIH et plus récemment auprès des communautés affectées par le cyclone nous permet quelques constats : si la gestion de la phase initiale de l’aide internationale par la junte a été honteuse pour les populations meurtries par le cyclone, il faut souligner que la forte mobilisation des citoyens birmans a permis de répondre en partie et de façon efficace aux besoins urgents. Dans un deuxième temps, l’aide internationale n’a pas été détournée et la zone sinistrée sort doucement du traumatisme. Mais le faible élan international commence à retomber et l’image extérieure désastreuse de la Birmanie n’encourage pas à amplifier cette solidarité. De même, le reste de la Birmanie souffre de n’attirer les médias et les diplomates qu’à l’occasion des catastrophes naturelles ou lors des épisodes douloureux d’incarcération d’Aung San Suu Kyi

L’exemple de la prise en charge par Médecins du Monde de patients VIH - personnes se prostituant et usagers de drogue - démontre aussi que l’aide humanitaire en Birmanie peut être efficace en travaillant avec des acteurs locaux au sein des structures locales. Si cette aide a su être efficace dans le domaine de la santé, il faut désormais imaginer qu’elle puisse l’être dans d’autres secteurs. En parallèle, le gouvernement doit faciliter la mise en route des projets d’aide au développement en diminuant les contraintes qui pèsent sur les acteurs de solidarité. Il s’agit donc évidemment d’une responsabilité partagée.
Les champs d’intervention sont immenses et l’état sanitaire du pays critique. A titre d’exemple, seule 1 personne sur 10 porteuse du VIH et en besoin de traitements en bénéficie et le retrait brutal en 2005 des financements du Fonds Global de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme n’a fait qu’aggraver le problème crucial d’accès aux traitements. Comme tous les acteurs de solidarité birmans ou étrangers travaillant auprès des plus précaires, Médecins du Monde demande de façon urgente une augmentation de volume de l’aide humanitaire. Cette aide, même soumise à de fortes contraintes, reste un moyen efficace de soutenir la population et de créer des relais auprès de celle-ci ainsi que de renforcer les capacités des acteurs locaux.

Alors, plutôt que de rester focalisés sur une ligne politique de sanctions affectant si peu la junte au pouvoir, les décideurs pourraient aussi considérer une augmentation significative de l’aide et appuyer les demandes des ONG pour un accès facilité aux populations. En appuyant ces demandes, la France pourrait occuper la place qui devrait être la sienne dans le champ humanitaire. Ces demandes doivent s’inscrire dans une réponse internationale harmonisée car toute réponse non coordonnée profite à la junte.
Au-delà des soins, l’aide humanitaire peut aider aux changements quand elle s’inscrit dans la facilitation de réseaux sociaux au sein des communautés et qu’elle met les droits de la personne au centre de ses préoccupations.

Isoler la Birmanie ne se révèle pas efficace en abandonnant une population dans l’attente d’une solution politique. Dans l’attente de ce changement politique et d’un redéploiement massif et urgent des ressources financières intérieures du pays qui tardent à venir, l’immense pauvreté perdurera.

Dr Françoise Sivignon
Responsable mission Birmanie Médecins du Monde France
Présidente Médecins du Monde Hollande

Article paru dans le figaro du 24 août 2009
http://www.lefigaro.fr/

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