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Revue Humanitaire n°26 - Partenariat : une coopération sans compromission - Septembre 2010
Il n’est pas une réunion, un forum du monde humanitaire ou du développement où le mot partenariat ne soit prononcé. Nul projet ou demande de financement ne saurait désormais faire l’impasse sur l’exigence d’un partenariat, qu’il soit déjà instauré ou seulement en germe.
Table ronde "Partenariat Nord/Sud : les conditions de la réussite" animée par Agnès Levallois, journaliste
Médecins du Monde (MDM) fête cette année ses 30 ans et c’est sous l’angle du partenariat, d’une certaine manière donc, sous l’angle des rencontres
et des retrouvailles avec des amis, que nous avons souhaité les célébrer.
Avec ces amis-partenaires, c’est en effet trente ans d’histoire commune, trente ans à essayer de proposer ensemble des réponses à des besoins humanitaires, dans notre propre pays, mais également à l’étranger. Je crois que cette attention dans la relation à l’Autre, cet attachement à porter des combats communs, reste une des marques de fabrique de MDM et c’est de cela que nous avons voulu témoigner à l’occasion de cette date anniversaire.
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>> 30 ANS Médecins du Monde
Acte du forum : Humanitaires et partenaires : nouvelles donnes ? La parole aux partenaires
SOMMAIRE
LA RUBRIQUE A BRAX
EDITO
L'impasse impossible, par Olivier Bernard
RETOUR SUR...:
Dix-sept ans de lutte contre le sida en Tanzanie, par Martin Bévalot
DOSSIER - PARTENARIAT : POUR UNE COOPÉRATION SANS COMPROMISSION
Table ronde animée par Agnès Levallois
Avec :
- Xavier Ricard, directeur Partenariat international du CCFD-Terre Solidaire
- Wolf - Dieter Eberwein, président de Voice et chercheur associé au CNRS/PACTE à Grenoble
- Hani Serag, de PHM-People's Health Movement (Égypte)
- Kamel Mohanna, président de l'association AMEL (Liban)
- Olivier Bernard, président de Médecins du Monde
- Frédéric Jacquet, secrétaire général de Médecins du Monde
ARTICLES :
1. Pourquoi questionner les partenariats à Médecins du Monde ?, par Armelle Desplanques-Leperre, Luc Jarrige, Frédéric Jacquet et Lucie Denoix
2. Brève histoire du partenariat au Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, par François Mabille
3. Faire ensemble : l'expérience du partenariat de AIDES en Afrique francophone, par Stéphane Simonpietri et Bruno Spire
4. The political independence, the condition of the action, by Dr. Ruchama Marton
5. Trouver la voie de la bonne relation avec l'État, par Michel Wieviorka
REPORTAGE :
Haïti ne peut plus attendre, par Pierre Salignon et Luc Evrard
TRIBUNE :
Santé et sécurité, un mariage de déraison, par Olivier Bernard, Jean-François Corty et Pierre Carpentier
REGARD DE PHOTOGRAPHE :
Errance de Roms - Sophie Brändström
LIRE, ECOUTER, VOIR...:
Chronique d'une défaite - Leçons de géopolitique - Médecin du monde : retour sur un parcours d'humanitaire - Mémoire d'un "staff local" - Le blues du communiquant - Le Rufin nouveau est arrivé
EDITO : L'IMPASSE IMPOSSIBLE
Par Olivier Bernard
Il n’est pas une réunion, un forum du monde humanitaire ou du développement où le mot partenariat ne soit prononcé. Nul projet ou demande de financement ne saurait désormais faire l’impasse sur l’exigence d’un partenariat, qu’il soit déjà instauré ou seulement en germe. Les bailleurs de fond ‑ ECHO en premier lieu ‑ ont leurs partenaires, en l’occurrence les ONG du Nord. Ces dernières mettent en œuvre des programmes en lien étroit avec des acteurs étatiques ou de la société civile dans les pays d’intervention. Les États sont partenaires dans la lutte contre différentes maladies et de nouveaux acteurs, jusque-là peu connus, émergent, que ce soit au niveau des financements (fondations privées d’entreprise ou de philanthropie), de l’expertise (universitaire) ou de la mise en œuvre (groupement d’intérêt public en France, partenariat public privé ailleurs).
L’émergence de ce terme dans le vocabulaire général recoupe pourtant des pratiques bien connues des acteurs du développement depuis plus de cinquante ans. Si pour une organisation comme le CCFD, la notion de partenariat est du domaine du dogme ‑ « aucun projet sans partenaire » ‑, les pratiques de nombreuses organisations de solidarité n’en reposent pas moins également sur des liens étroits de partenariat avec des acteurs de la société civile. Ainsi en situation d’urgence, le mouvement Croix-Rouge intervient-il toujours à la demande et de manière coordonnée avec les sociétés de Croix-Rouge nationales (ce qui, pour certains, n’est pas sans interroger l’impartialité de la démarche). Plus récemment Aides, une organisation militante dans le domaine du sida en France, a fait le choix d’accompagner des organisations militantes en Afrique subsaharienne.
On a souvent, sans doute à tort, opposé les ONG de développement aux ONG humanitaires. Les actions des premières reposeraient sur un partenariat durable et établi dont l’objet est certes la réponse à des besoins, mais aussi le renforcement des capacités de la société civile, tandis que l’action des secondes s’inscrirait dans le temps de l’urgence et l’exigence de répondre, en temps quasi réel, aux besoins des victimes. On sous-entend bien souvent alors que cette action purement humanitaire serait de fait incompatible avec la mise en place de partenariats durables. Deux exemples récents suffisent à battre cette idée en brèche.
En 2005, des médias révèlent une situation nutritionnelle grave au Niger. Dès lors, s’installe un vif débat entre acteurs du développement (certains présents dans le pays depuis l’indépendance du pays) et ONG urgentistes. Le phénomène est-il structurel (et donc du ressort de l’État et des acteurs du développement) ou bien conjoncturel dans la mesure où il s’agirait d’une grave crise nutritionnelle nécessitant une réponse massive tant sur le plan financier qu’humain ? C’est cette deuxième hypothèse qui fut retenue mais cette réponse apportée en 2005 et 2006, même si elle permit de prendre en charge plus de cinquante mille enfants, interrogera profondément le milieu de la solidarité : cette aide fut majoritairement apportée par des acteurs du Nord sans lien avec le système de santé nigérien ou des ONG locales.
En janvier 2010, le violent séisme qui ébranle Haïti fera plus de deux cent cinquante mille morts et cinq cent mille personnes déplacées. Six mois après cette catastrophe, l’ensemble des acteurs sur place s’interroge sur la nécessaire implication des structures étatiques et de la société civile dans la reconstruction du pays, mais aussi sur ses limites. Sur l’année 2010, en effet, l’élan de solidarité internationale aura injecté 2 milliards de dollars dans l’économie haïtienne, une aide massive représentant le tiers du PIB du pays. Comment, dans ces conditions, envisager la question du partenariat, lorsqu’une telle masse financière met de fait les acteurs de l’aide en position de quasi-monopole, par exemple en ce qui concerne l’offre de soins ?
Ces deux exemples montrent combien la question du partenariat est centrale, y compris pour les acteurs de l’urgence. C’est là, certes, le gage d’un meilleur ancrage dans les réalités sociales et culturelles. Mais c’est, au-delà, une nécessaire réflexion sur la gouvernance et la régulation de l’aide qui est posée. Quelle place accorde-t-on aux autorités et ONG locales comme aux militants dans l’évaluation des besoins, y compris dans les programmes d’urgence ? Quelle place leur accorde-t-on dans la conduite des projets et l’évaluation des actions ?
Pour une organisation comme Médecins du Monde, cette question n’est pas nouvelle. Certes, l’association s’est historiquement structurée autour d’actions en urgence dans des zones de conflit ou de catastrophes naturelles. Pour autant, des liens étroits et des partenariats durables se sont assez rapidement noués, notamment en Amérique latine : l’accompagnement de la société civile est presque aussi important que la réponse aux besoins. L’émergence, dès 1986, des actions en France, va également profondément modifier la relation à l’autre et les grandes avancées de ces vingt dernières années en termes d’accès aux soins et à la prévention seront obtenues dans le cadre de partenariats poussés :
– avec les associations de réduction des risques et les usagers de drogue eux-mêmes pour l’évolution des dispositifs de prévention du VIH et d’accès aux traitements ;
– avec les associations de patients pour la reconnaissance du saturnisme infantile ;
– dans le cadre de collectifs interassociatifs pour la mise en place de la couverture médicale universelle, de l’aide médicale d’État et des permanences d’accès aux soins.
L’émergence des approches de réduction des risques au sein d’une organisation médicale comme MDM représente, à n’en pas douter, un élément structurant en ce qui concerne les approches partenariales. En reconnaissant à l’Autre (l’usager de drogue, la personne se prostituant) un savoir sur ses pratiques, le soignant réinterroge certains fondamentaux du modèle biomédical. De fait, c’est bien de la confrontation de deux savoirs (celui du soignant et celui de l’usager) que va naître un projet de soins communément négocié, élaboré et mis en œuvre. Cette approche clinique qui resitue l’autre dans un projet de soin comme acteur de sa santé, c'est-à-dire en position de sujet et donc libre de ses choix, questionne notablement la relation de pouvoir qui s’instaure traditionnellement dans la relation de soin entre le sachant (le soignant) et le patient.
Le partenariat, ici et là-bas, avec des représentants des patients ou des ONG locales, est l’une des pistes pour aller vers un humanitaire plus équilibré et cette nécessaire interdépendance dans un monde complexe et globalisé. La place que nous laisserons à ces acteurs dans la gouvernance des projets, voire de nos organisations, est sans doute un des enjeux pour l’avenir. Nul ne comprendrait que nous fassions l’impasse sur cette exigence.
